The Night Manager : Le croque-mitaine se fait désirer :

Par défaut

Mais, rassurez-vous il va venir vous chercher tôt ou tard et il le fera avec panache en volant pratiquement la vedette aux autres. En attendant, il n’est jamais vraiment parti… Il est toujours plus ou moins tapis dans l’ombre à attendre tranquillement son heure. Il va simplement attendre d’avoir pu hanter vos cauchemars suffisamment longtemps pour instiller une peur diffuse en vous jusqu’à ce que vous ne puissiez plus l’ignorer. Ensuite, comme dans tout jeu pervers entre un chasseur et sa proie, il va quand même tenter de vous rassurer sur ses intentions, avant de choisir le moment le plus opportun pour frapper sans pitié. Vous trouvez que j’en fait un peu trop en reprenant une figure horrifique de conte pour enfant?

The Nigh Manager poster.png

Source image : crimethrillergirl.

Mais, en substance, c’est pourtant bien ce que nous a montré le premier épisode de The Night Manager, mini-série produite par BBC One, et adaptation on ne peut plus attendue du best-seller de John Le Carré, mettant en scène un face à face implacable entre deux personnages, sur fond d’espionnage et de corruption. Alors, le pari que s’était donné Susanna Bier de porter cette oeuvre à l’écran est-il réussi? Les acteurs, très attendus eux aussi, sont-ils à la hauteur de l’événement? Pour ma part, bien qu’il soit un peu tôt pour en juger, je dirais que oui et ce premier épisode, excellent de surcroît, a même dépassé mes attentes. Bref, parlons-en.

***

Avertissement : Comme d’habitude, cet article contiendra pas mal de spoilers, donc lisez à vos risques et périls.


L’histoire est relativement simple : 

2011, Le Caire : Alors, que le Printemps Arabe bat son plein, Jonathan Pine, ancien soldat ayant officié en Iraq, maintenant veilleur de nuit dans un hôtel de luxe dans la capitale égyptienne, fait la connaissance d’une jeune femme française un peu blasée, mais parfaitement apeurée, vulnérable et maîtresse d’un gangster local influent (Freddie Hamid), du nom de Sophie Alekan. Cette dernière lui fournit des documents compromettants incriminant Richard Roper, milliardaire philanthrope aux yeux du monde, mec sympa et digne en interview répondant d’un ton affable aux journalistes sur un écran de télé, mais vendeur d’armes en secret au plus offrant. Elle le payera de sa vie 😥 … poussant Jonathan Pine qui l’avait aidée à transmettre ses infos à une correspondante du MI6, répondant au doux nom d’Angela Burr, via l’un de ses potes Simon Ogilvey travaillant à l’ambassade du Royaume-Uni.

landscape--low-res-the-night-manager

source image : Digital Spy.

2015, Suisse : Jonathan Pine, toujours veilleur de nuit dans un autre hôtel de luxe recroise la route de Richard Roper qui continue de jet-setter en toute impunité. Après quelques passages aux toilettes nauséeux et refilage d’infos à cette même Angela Burr, ce dernier décide de devenir agent double pour l’arrêter.


Ce que j’en ai pensé : 

Pour cette partie, je vais un peu m’éloigner de ma formule habituelle, d’abord parce qu’il n’y aurait qu’une partie à développer étant donné que j’ai tout aimé et que je n’aurais absolument rien à mettre dans la catégorie « bémols », ensuite parce que cette série est tellement portée par ses personnages et ses acteurs que ça me semblait juste normal de les présenter un à un. A commencer par celui dont la quasi non-présence crève l’écran. J’ai nommé…

« Le pire homme du monde » :

Qui pourrait être le deuxième prénom de Richard Roper et qui devient une sorte de leit-motiv répété non seulement par son interprète en interview, mais aussi par l’un des personnages dans ce premier épisode en nous présentant ainsi sans fard : le croque-mitaine en titre. Il faut bien le dire, c’est loin d’être un euphémisme puisque ce dernier, est un véritable poison concentré qui reste évasif, insaisissable, voire parfois invisible, mais d’autant plus pernicieux.

night hugh laurie

source image : Première.

Dans le pilote, il ne se montre encore que très peu en arborant un visage aimable et plus que charmeur en société et accessoirement en interview à la télé. Mais qu’on ne s’y trompe pas, s’il figure en tête de liste des personnages à présenter ici, c’est bien parce que ce dernier, pourtant relativement absent, du moins « en chair en os », du premier chapitre de l’histoire, est finalement tellement omniprésent, voire omnipotent, dans la vie et la psyché des autres personnages, que c’en est presque surnaturel. Il est bien ce monstre de conte de fées horrifique (pour en revenir au titre de cet article) qu’on craignait de découvrir tapis sous son lit, étant enfant. Et cette omniprésence sans qu’il ait besoin de montrer son visage, c’est ce qui le rend d’autant plus terrifiant et dangereux. Il a des yeux et des oreilles partout, jusqu’à Londres, jusqu’au MI6 et a probablement des contacts plus hauts placés encore inconnus, ce qui va causer la perte d’autres protagonistes qui se battent à priori contre bien plus forts qu’eux, sans compter les dégâts innombrables matériels et humains qu’on ne peut pas voir pour l’instant, mais que l’on devine.

Hugh Laurie Viméo

source image : viméo.com

Au niveau de l’interprétation, et ce, malgré son peu de temps d’antenne, Hugh Laurie est proprement magnétique et imposant sans avoir l’air de s’en donner la peine. Il fait déjà très bien ressortir la complexité et la monstruosité latente d’un personnage aux multiples facettes, représentant d’un système corrompu, amoral et cynique pouvant changer de masque à la vitesse de la lumière, selon ses besoins du moment. Chaque parole est mesurée. Chaque trait d’humour peut être une menace déguisée qui ne veut pas dire son nom, mais qui est pourtant bien réelle, ou encore une manière de rappeler qui est le patron à travers ses humiliations subtiles et répétées de certains de ses employés.

Tom Hollander

Cet homme sait de quoi je parle – source image : dailymail.

A la fin de l’épisode cependant, les cartes sont rebattues, celui-ci qui apparaît comme le grand vainqueur de l’histoire, ne le sait pas encore, mais du statut de prédateur influent et calculateur il est passé à celui de gibier. La chasse à courre peut commencer.

La femme fantôme : 

Bénéficiant d’un temps d’antenne autrement plus conséquent que son meurtrier, nommé plus haut, Sophie Alekan est à sa manière tout autant le moteur de l’histoire que Roper. Aure Atika, sa superbe interprète, l’a d’ailleurs bien compris.

Nith Manager Sophie Alekan

Sophie Alekan : « I’m sexy and I know it! » – source image : The Telegraph.

Quand elle entre en scène digne, élégante, courageuse quoique légèrement perdue, fataliste, voire relativement blasée, mais 100% vulnérable, elle est déjà morte quelque part (elle a trop vécu et vu d’horreurs!). Elle a très certainement conscience de sa fin prochaine, mais, elle ne compte pas partir sans avoir fait ce qu’elle avait à faire.

C’est elle qui poussera Jonathan Pine à sortir de la zone de confort relative qu’il s’était aménagé après son service en Iraq et à agir pour stopper la bande de gangsters qu’elle côtoie quotidiennement, parce qu’elle a le courage de vouloir faire quelque chose à un moment charnière de l’Histoire pour éviter un massacre. Après sa mort, c’est toujours son souvenir (vive les séquences fantomatiques) et le désir de la venger ou du moins de lui rendre justice qui motive Pine.

Sophie Alekan 810

Sophie Alekan : « Je nous shippe à fond. » – Jonathan Pine : « Moi, aussi ❤ ! »- Moi : « Bah, moi aussi. » – source image : The Telegraph.

Sa relation avec lui était d’ailleurs assez touchante, et en dit long sur les deux personnages. Galvanisée par cette rencontre, Sophie Alekan connait un sursaut de vie à ce moment là, qui fait d’autant plus mal qu’on sait qu’elle ne s’en sortira pas.

Le chasseur :

Qui dit chasse à courre et jeu de trap-trap entre proie et prédateur, dit chasseur. Sans surprise, il prend la forme d’Angela Burr, brillamment incarnée par Olivia Colman (ah, Olivia Colman! *soupir fangirlique énamouré*), qui a compris que son personnage faisait un peu office de Don Quichotte idéaliste, mais certainement pas naïf, devant se battre contre des moulins à vents dans ce monde de brutes et de corruption, malgré son statut reconnu au MI6.

Olivia Colman

Angela Burr : »Je suis trop bien pour vous tous réunis » – Source image : Daily Mail.

Et ce, pour plusieurs raisons. Le système dans lequel elle évolue est manifestement réfractaire à toute action contre cet homme qui bénéficie de soutiens puissants et de quelques indics là-bas. Et donc aussi parce que la géo-politique reprend ses droits, qu’elle a priori les mains liées, probablement pour des raisons d’états. Cerise sur le gâteau, ses collègues, symbole de la misogynie ambiante qui règne dans ce milieu, lui sont pour l’instant d’un secours quasi nul. J’ai même dans l’idée que ça ne risque pas de changer. Comme Sophie, elle restera très certainement très isolée dans son combat. Mais, comme Sophie, tout de même elle continuera de lutter. Les deux femmes ont d’ailleurs un allié en commun : Jonathan Pine.

TH OC landscape-1455032132-tnm-dw-0320-2

source image : Bazaar.

Du fantôme au chasseur :

Et de Jonathan Pine, personnage solaire et tourmenté, qui est pour le coup, véritablement le centre de l’épisode, parlons-en. De la performance de Tom Hiddleston, il y aurait probablement des pages et des pages à écrire et je ne sais pas s’il serait vraiment judicieux que je laisse éclater mon fangirlisme aigu au grand jour, d’autant que le cast dans son ensemble m’impressionne vraiment, mais pour moi on peut résumer la chose de la manière suivante : il campe un Jonathan Pine qui est en somme presque la synthèse de ces trois personnages.

night-manager-large Tom H

source image : The Telegraph.

Il partage avec sa Némésis, un talent pour la dissimulation hors pair, une capacité incroyable de paraître poli en toutes circonstances et de pouvoir s’effacer, de devenir invisible derrière une fonction. Dès le début de l’histoire, avant même que Roper n’entre dans sa vie, Pine est déjà sans arrêt dans la performance, comme l’a souvent souligné son interprète en interview d’ailleurs, d’abord parce que c’est son métier, ensuite parce qu’il cache un profond traumatisme, probablement lié à ses faits d’armes en Iraq. Malgré cet extérieur policé on entrevoit cette fêlure d’un être qui est en quelque sorte toujours un peu ailleurs, qui utilise déjà ce procédé comme moyen de survie, avant même que sa sa vie ne soit réellement inquiétée (elle l’est maintenant et elle va l’être plus tard!). A sa manière, c’est aussi un fantôme… et un homme-caméléon qui montre masque différent selon les circonstances, ce que remarque Sophie Alekan d’entrée de jeu.

Jonathan Pine Hugh Laurie 810

source image : The Telegraph.

Il continuera d’en être ainsi, 4 ans après sa mort, jusqu’à sa première vraie rencontre avec Roper en Suisse, ou sa révolte va réellement exploser, puis plus tard avec Angela Burr, avec qui il partage ce sens aigu de l’injustice terrible qui fait que Roper court toujours en liberté, alors que c’est un criminel de grande envergure détruisant des vies sans sourciller.

A ce moment là, malgré le fondu au noir qui conclut l’épisode, on sait que sa métamorphose en chasseur est totale. Le combat (à mort!) de David contre Goliath peut commencer.


Verdict 5/5 : Parce que pendant cet épisode qui dure une heure, on ne voit pas le temps passer et que ça vous donne fichtrement envie de voir la suite.

Parce que la réalisation reste certainement dans une veine relativement classique (tout autant que l’histoire si on doit être honnête), mais qu’elle est terriblement efficace quand il s’agit de dépeindre un monde de violences, de guerre, de faux-semblants et de cynisme absolu dans lesquels certains protagonistes se complaisent, se délectent tandis que d’autres se débattent et se battent sans relâche.

Parce qu’en plus d’être un miroir de l’âme des personnages, les décors, les paysages etc… sont resplendissants et le fait de « jongler » incessamment d’un pays à l’autre renforce littéralement cette idée de danger latent et omniprésent. La série vous invite à voir le mal partout, à contempler cette bête protéiforme qu’est le système dont Richard Roper se joue pour mieux servir ses propres intérêts.

Russell Tovey 810

source image : The Telegraph.

Parce que les seconds rôles sont tous excellents, Russel Tovey en tête qui fait une apparition trop brève, snif… Mais son personnage était un peu un gros con misogyne, donc j’imagine qu’il ne me manquera pas tant que ça.

Parce qu’on a envie de connaitre les personnages campés par Tom Hollander et Elizabeth Debicki.

Debicki - Laurie 810

source image : The Telegraph.

Parce que Sophie et Angela sont de très belles figures féminines et que les deux actrices ont envoyé de la purée. Je donne ma petite mention spéciale à Aure Atika ❤ !

Parce que, c’est bateau à mort, mais le face à face Roper/Pine promet d’être particulièrement intense et haletant.

En un mot : Vite l’épisode 2!

Publicités

Une réponse "

  1. Pingback: Pot-Pourri #1 : – Le blog de Fifi

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s