L’Age d’Or [Ballet au Cinéma]: Welcome to Cabaret…

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L’Age d’Or [Ballet au Cinéma]: Welcome to Cabaret…

…Version ballet russe 😉 ! Oui, parce qu’il faut que je vous confesse un truc, c’est que oops I did it again! Je l’avoue, j’ai récidivé… Je suis retournée vider ma bourse déjà maigre (vive les milieux de mois difficiles!) pour aller voir au cinéma la troupe du Bolchoï. En conséquence de quoi, j’ai eu l’envie irrépressible de… eh bien de bloguer 😉 ! La rouverture du blog, après quelques mois de stand-by, se fait donc maintenant, en atteignant sans effort le point « Fifi est allée au ciné pour voir un ballet et en parle deux semaines après » qui risque réellement de devenir annuel pour le coup (on en change pas de bonnes habitudes.)

Et, je suis sortie de ma grotte (qui a le wi-fi, c’est pas n’importe quelle grotte non plus, hein?) pour aller voir quoi ? L’ouverture de la saison 2016/2017 (au cinéma et sur ses planches, à domicile) de cette troupe de danse classique fantastique, unique au monde qu’on ne présente plus et qui a débutée, dimanche dernier, en fanfare! Vous parlez d’une bonne raison 😛 ! Toujours au top, le Bolchoï a donc décidé de commencer son année en programment l’une des bulles les plus pétillantes enrobée d’une savoureuse touche music-hall à la Broadway et de ce petit je-ne-sais quoi délicieux qui a pour nom Dmitri Chostakovitch de son répertoire : j’ai nommé l’Age d’or!

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source : lakeplacidarts.

Ça se voit que j’ai adoré? Non?!! Et pourtant sachez que, là on a atteint le point de non-retour plus connu sous le nom du point « Fifi va fangirler et se fendre d’un article dégoulinant de dithyrambisme » sur une œuvre dont les accents magnifiquement jazzys, saupoudrés de tangos, de foxtrots et de musiques idéologiques exaltées le tout portés par des solistes et un corps de ballet au meilleur de leur forme visiblement très heureux d’être là, ont remportés mon adhésion pleine et entière. Vous voilà prévenus et lisez à vos risques et périls! Mais en même temps pouvait-on attendre autre chose d’un blog qui les mots « fangirl », « en » et « déroute » dans son intitulé? C’est bien ce que je pensais 😉 !

Bref, allons-y et surtout bloguons joyeusement!


Avertissement :

Bon avant toute chose… Je me dois de lancer mon alerte « néophyte » indispensable pour ce genre d’article parce qu’après tout, si une forme d’art telle que le ballet pourrait parler, elle dirait ça…

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Quand le ballet se trouve une personnification du tonnerre en prenant la tête d’Ellen Page, difficile de lui en vouloir quand il vous rappelle votre ignorance aussi brutalement! – source image : giphy.

… Ce qui n’est pas entièrement faux, mais pas complètement vrai non plus. Mon regard inexpérimenté de balletomane en herbe (en vrai, j’en suis au stade du bulbe qui se prépare pour l’hiver, mais passons…) mais curieuse, fait que je connais un tout p’tit peu la « patte » Grigorovitch. Merci aux DVD d’Ivan le Terrible, Spartacus, ainsi qu’au replay de La Bayadère sur France 3, il y a environ 1 an. Et puis, en plus, j’ai fait aussi mes devoirs, ah mais! Et ce, grâce à Katia Novikova, chargée tout les soirs de retransmission d’approvisionner les pauvres ères que nous sommes (enfin surtout moi!) en culture G et surtout au site de dansomanie, forum de danse très informatif et franchement génial.

Besoin de preuves? Okay.


Un peu d’Histoire avec un grand « H »:

Composé en 1928 par Dmitri Chostakovitch, L’Age d’Or, est le premier des 3 ballets, avec Le Boulon et Le Clair Ruisseau qu’il ait jamais composés et qui viennent enrichir une œuvre musicale foisonnante et « bigarrée » de multiples influences musicales, dont le jazz notamment, très présent dans ses compositions. Il faut dire que Chostakovitch, en plus de sa formation purement classique a été, entre autres, pianiste de cinéma pour la BO de films muets (n’oubliez on qu’on est au début du XXème siècle!), emploi qui a probablement très fortement marqué son style, ce qui est particulièrement flagrant quand on parle de L’Age d’Or, mais pas que, Chostakovitch a également composé de nombreuses musiques de films. Mais, revenons à nos moutons…

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source : revue piano.

A l’instar du Boulon (crée en 1931), l’échec du ballet sera notable, puisque quelques représentations, suite à sa création le 26 octobre 1930, plus tard, il sera interdit par le régime. Époque soviétique oblige!

Pourtant, le livret d’origine conçu par Alexander Ivanovski était politique (les trois ballets ont d’ailleurs ça en commun) et franchement propice à une bonne propagande pour le régime. En effet, l’intrigue suit les tribulations d’une équipe de foot russe en visite dans un pays de l’Ouest. L’occasion de confronter les deux cultures, mais surtout de parodier et de taper sans vergogne sur les figures malfaisantes et décadentes Occidentales! Le Fasciste, la Diva, personnages ultra-stéréotypés du ballet, et plus généralement la bourgeoisie symbole du capitalisme (ce grand Satan!) par ce biais d’ailleurs, vont donc en prendre pour leur grade! De leur côté les jeunes sportifs vont se charger de porter aux nues les valeurs du communisme selon Staline, en finissant par sauver (comprendre embrigader) certains travailleurs pauvres de l’Ouest. Jusque là, pas de soucis me direz-vous…

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source image : dansomanie.

Mais, en vérité, las! La musique joyeuse, satirique et profondément ironique (pour qui sait lire entre les lignes de la partition et de ses clés de sol) de L’Age d’Or avec en plus l’emploi de danses populaires à l’Ouest (jazz, foxtrots, tango), mais interdites en URSS ne plaira pas aux autorités. D’autant que le public a fini par réellement apprécier ces dernières et on le comprend! Qui n’aimerait pas se trémousser sur des tangos, des foxtrots et des Tea for two endiablés? L’œuvre finira par tomber dans l’oubli pendant une bonne cinquantaine d’années. Snif 😥 !

Il faudra attendre l’effritement de l’URSS agonisante qui rendra peu à peu au compositeur son statut de génie musical ainsi que de figure importante du patrimoine russe du XXème siècle et non « d’ennemi du peuple » officiel qu’il avait fini par devenir au fil des ans, ainsi que de l’intervention de la veuve du musicien qui sollicitera cet homme…

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Youri Grigorovitch – source image : Danses avec la plume.

… en 1982 pour revoir l’œuvre dansée sur scène. La partition connaîtra même quelques modifications et ajouts d’autres compositions du musicien, tandis que l’argument signé Isaac Glikman et Youri Grigorovitch et l’écriture chorégraphique (toujours signée Grigorovitch) seront complètement transformés pour l’occasion. Ensemble, ils se la joueront un tout petit plus light sur le côté « soviét’, luttes des classes et confrontations idéologiques sur l’air du tralala » et auront la main plus lourde sur ceci…

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source : giphy.

Ou encore ceci…

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source : giphy.

Que voulez-vous que je vous dise, chez les gangsters aussi présents dans cette version, on aime jusqu’à l’obsession et on ne comprend pas forcément que non, ça veut dire non 😡 ! Vous allez comprendre… 😉 !

Mais, trêve d’avalanche de gifs plus ou moins à propos, parlons de ce petit bijou West Side Story-dien plus en détails voulez-vous?


L’histoire, la vraie :

Acte I :

Années 1920 : le rideaux s’ouvre sur…

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source : make a gif.

… les années folles qui battent leur plein partout en Europe ainsi qu’aux US et cette petite ville balnéaire du Sud de la Russie n’échappe pas à la règle. La ville portuaire est d’ailleurs en plein festival ou pêcheurs, travailleurs, jeunes communistes enthousiastes (clins d’œil aux sportifs de l’ancien livret 😉 !) et acteurs amateurs vont se tailler la part du lion sur scène jusqu’à ce qu’une jolie jeune fille en fleur mignonne comme un cœur du nom de Rita (Nina Kaptsova) danse en solo pendant les moments d’accalmie.

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N’est-elle pas merveilleuse? – source image : bolshoi russia.

Cette dernière sera bientôt rejointe par Boris (Ruslan Skvortsov) pêcheur, jeune communiste, acteur amateur (oui il les réunit toutes 😉 😛 ! Vous sentez venir le héros cliché?) tout de blanc vêtu après que ce dernier se soit préparer avec les autres festivaliers à danser/donner une petite pièce de leur cru. Du coup, vas-y que je m’enfile un costume grotesque! Vas-y que je me la joue poivrot/richouse colérique prompt à dégainer son épée carton-pâte avec mes compagnons de pastiches. Et vas-y que je te parodie le bourgeois standard par ce biais et que je me fais remettre à ma place par la jeunesse communiste, etc…

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source image : bolshoi russia.

Bref, Boris et Rita finissent par se retrouver seuls à danser un premier pas de deux éminemment compliqué mais magnifique durant lequel ils se découvrent, se charrient gentiment et mutuellement et enfin finissent par se plaire réellement. Boris est tout content d’avoir rencontré une fille géniale, mais la nuit est tombée et avec elle, un autre monde prend vie. La belle s’envole comme dans un rêve et lui aussi, puisqu’il décide de partir à sa recherche. Sur ces entrefaites, arrive, Lyuska, séductrice super vamp et super tramp (elle l’assume totalement!) et qui joue le jeu de « je t’aime moi non plus » avec deux bourgeois naïfs qui viennent s’encanailler  avec elle dans le cabaret nommé L’Age D’Or.

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Lyuska (Ekaterina Krysanova),  Bourgeois 1 (Alexander Petukhov), Bourgeois 2 (Alexei Loparevich) – source : pointe magazine.

Et d’ailleurs, à L’Age d’Or, c’est la folle ambiance! On danse sans s’occuper de personne comme si notre vie en dépendait en s’abandonnant à la décadence ambiante et on est mené par ce monsieur…

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Le Compère (Vyacheslav Lopatin) – source : bolshoi russia.

meneur de revue spectaculaire drôle, moqueur et virtuose à souhait et équivalent balletique du Maître de Cérémonie de Cabaret, en bien moins creepy. Il amène avec lui une armée de danseuses toutes aussi douées 😉 ! Tout ce beau monde sert à introduire le couple  de danseurs de salons hors pairs star de la soirée qui fait les beaux jours ou plutôt les belles nuits de L’Age D’Or, j’ai nommé la belle Rita, dont on connaît enfin le métier, accompagnée de Yashka (Mikhaïl Lobukhin).

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Bouge de là, Danse Avec les Stars, tu vois bien que tu fais pas le poids!!  – source image : Anna Russkih via dansomanie.

Pendant qu’ils dansent un pas de deux particulièrement spectaculaire et acrobatique, Boris qui a suivi Rita à la trace, en bonne version humaine masculine de Lassie, la reconnaît dans sa tenue de star et entreprend de flirter plus avant. Chose qui ne sera pas du tout, mais alors pas du goût de Yashka qui nous fait sa petite énorme crise de jalousie publiquement, avec de faire son coming out en tant que bandit notoire et psychopathe caractérisé, une fois le rideau baissé. Pour enfoncer le clou, il nous fait même son strip-tease pas du tout sexy (je vous le jure!) aidé de Lyuska qui se révèle être son bras droit de forfanterie, en échangeant sa tenue de soirée contre sa tenue de malfrat.

Rejoint par ses potes voleurs et bandits, ce dernier donne ses instructions et ensemble ils vont détrousser les pauvres nantis naïfs rabattus au préalable par Lyuska. L’un d’entre eux rendra son dernier soupir dans le processus, nous montrant qu’en fait, ni Yashka ni Lyuska ne sont là pour faire dans la dentelle ou ne se peut payer QUE de bonnes tranches de rigolade. Chose qu’ils feront pourtant alors que la fête continue de battre son plein à L’Age D’Or.

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LOL 😀 , on vient de tuer quelqu’un, mais the show must go on! – source image : bolshoi russia.

Malheureusement, ils se feront voler la vedette par Rita et Boris qui tombent de plus en plus sous le charme l’un de l’autre et dont les pas de deux sont de plus en plus beaux! Las! Yashka est encore plus furax et fait sa tête de « méchant, méchant pas content » des grands jours. Il ordonne donc à ses hommes de mains de lui casser la margoulette, mais c’est plutôt eux qui en prennent pour leurs grades. Non parce que Boris, qui n’est pas du genre timide non plus, se propose de balancer des taloches à pratiquement tout le monde dans le bar! Oui, l’ardeur socialiste le pousse un peu à prendre des risques inconsidérés!

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Denis Matvienko : source image : bolshoi russia.

Rita finit par l’arrêter, Yashka finit par tempérer assez hypocritement et ironiquement tout en faisant des menaces à peine à voilées, mais laisse la jeune femme qu’il pense avoir sous sa coupe le larguer proprement et simplement.

L’acte I se termine sur un long pas de deux vraiment magnifique d’ailleurs (les superlatifs me manquent honnêtement) ou Rita et Boris s’expliquent. Pour faire simple, Rita a peur, peur de quitter sa vie, peur d’en changer, peur de Yashka, à juste titre : elle ne peut pas partir. Mais Boris est fou amoureux et il pleure avec elle. Durant ce moment de tendresse, les amoureux se font une déclaration d’amour enflammée, mais tragique.

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source image : lostnene.

Acte II :

Retour à L’Age D’Or ou le spectacle continue toujours quoiqu’il arrive en coulisses ou dans les bas-fonds de la ville! Au son du désormais incontournable Tea For two, adoré par la tenancière de ce blog, réorchestré par Chostakovich et joué, dans ce cas précis à un tempo lent, les clients du cabaret valsent tranquillement avant que la soirée ne démarre véritablement en ces lieux.

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Regardez-nous, on va vous mettre des étoiles plein les yeux! – source image : Bolshoi russia.

Ce sera pas un démarrage top pour tout le monde en tout cas, puisque Yashka qui entame son premier pas de deux du deuxième acte avec Rita, alors que cette dernière lui dit qu’elle veut partir, lui déclare son « amour » hyper possessif pour elle et se prend une veste assenée avec tact mais clarté.

Mais à L’Age d’Or avec le Tea for two, qui n’est jamais joué en entier mais qui s’insère dans la partition à certains moments choisis, la fête est plus folle 😀 !! Et dehors, c’est aussi la débandade avec un Yashka qui réunit une nouvelle fois tout les membres de son gang de joyeux turlurons fans de méfaits, pour fomenter, danser de manière endiablée comme il se doit et surtout draguer Lyuska à l’occasion!

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Yashka : « Lyuska, ça te dis qu’on fasse monter la température de quelques degrés dans la salle? « , Lyuska  : »Mec, je suis déjà en surchauffe, fais gaffe! », Moi : *soupir embué* – source image : bolshoi russia.

Il pète bien quelques crises de nerfs ce faisant, mais lui, Lyuska et sa bande s’en vont quand ils croisent le groupe de travailleurs et pêcheurs menés par Boris qui, euh, bah qui travaillent de nuit manifestement.

Quelques temps plus tard, c’est au tour de Rita d’entrer en scène pour un joli solo près des filets de pêches. Tandis qu’elle cherche son cher et tendre, on sent une pointe de doute apparaître, cette vie est-elle pour elle? Elle aime Boris après tout! Le pas de deux plein de tendresse et sans mièvrerie (je promets 🙂 !Ils sont magnifiques ils vont vous donner l’envie d’aimer), qu’ils dansent ensemble finit de la convaincre.

Malheureusement, comme dans tout bon vaudeville, ces derniers sont interrompus par je vous le donne en mille : Yashka, Lyuska et leur clique! Une bagarre éclate, Boris se fait salement amocher. Rita appelle au secours pour que les camarades de Boris leur viennent en aide. S’en suivent moults course-poursuites entre les pêcheurs/collègues de Boris et les brigands en infériorité numérique. Au milieu de ce bazar organisé, Lyuska nous concocte elle aussi un solo du tonnerre pendant un bref moment d’accalmie.

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Photo Elena Festisova – source image : bolshoi.

Heureuse de ne pas s’être faite pincée, elle retourne à L’Age d’Or ou l’on continue de se la donner sur diverses danses de salons.

Au programme cette fois-ci, un tango un peu particulier, moment phare et ultra-connu de ce ballet. Rita fait son boulot de danseuse engagée par le cabaret et se doit de danser avec un Yashka plus qu’entreprenant, lourd et casse-pied et qui manifestement n’avait pas compris que non voulait dire non. Jugez plutôt!

En vérité, ce moment là c’est aussi une excuse pour avoir plus de danses jazzys et swingueuses, puisque le maître de cérémonie revient, dans le ballet avant de repasser aux choses sérieuses à la vitesse de l’éclair!

Après son tango ou certains pensaient que non ça voulait dire oui, Rita est en stress total et aussi accessoirement en fuite! Elle n’ira pas bien loin, Yashka lui fait à nouveau sa déclaration « d’amour » de force, Lyuska les surprend et n’est pas franchement fan. Aussi violente que Yashka sur ces questions, elle qui est folle amoureuse lui depuis un bail, va pour le poignarder et finira avec son propre couteau dans le dos. Ugh, Yashka est vraiment un pourri 😡 !!!

Il en profite pour enlever Rita, cette fois-ci la menaçant plus ouvertement qu’avant. C’est sans compter les camarades travailleurs et communistes de Boris ainsi que le garçon lui-même, qui retrouveront tout ce beau monde et sauveront Rita de ses griffes. Une fois seuls, les deux tourtereaux danseront à nouveau un pas de deux particulièrement poignant, parce que Rita est encore sous le choc et que Boris la calme et la réconforte!

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Et là en général vous essuyez une petite larmichette d’émotion tandis qu’ils terminent sous les bravo mérités du public – source image : lostnene.

Finalement, le ballet s’achève comme il avait commencé : par la fête au village en plein jour avec les jeunesses communistes en liesse, un nouveau couple tout heureux et une Rita qui décide de rejoindre Boris définitivement.

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source image : bolshoi russia.


Mes impressions :

En dehors de sa musique hyper expressive, franchement entraînante et tout simplement magnifique, le point fort de L’Age D’or, c’est à mon sens, le fait que le ballet ait d’excellents danseurs pour sublimer un livret simple mais efficace.

Il montre là, le style du Bolchoï dans toute sa splendeur à travers une chorégraphie du tonnerre ainsi qu’une dramaturgie assez formidable et vraiment inventive. Les passages de comédies et de danses légères alternent avec les moments graves avec une fluidité hors pair. On passe souvent d’un lieu à l’autre sans trop de transition, mais l’action n’en est pas moins parfaitement lisible et le rythme tantôt effréné tantôt plus calme du ballet ne faiblit jamais. C’est d’ailleurs le propre de Youri Grigorovitvh, figure emblématique du Bolchoï de concevoir ses œuvres comme ça, de savoir raconter des histoires de cette manière et de créer des pas sur mesure pour ces danseurs. Ainsi, les parties de solistes sont claires et vraiment très belles à regarder. Chaque personnage est très bien caractérisé, quoiqu’un peu cliché, mais justement parlons de ces derniers et de leurs interprètes.

Je me dois de prévenir par contre, comme dans beaucoup des séries, films et livres que je lis et regarde, ce sont les « méchants » qui m’ont un peu plus séduite. Du coup, c’est d’eux dont je vais d’abord parler 😀 !

  • Lyuska :

Bon, je ne serai pas objective concernant ce personnage, étant donné qu’elle est campée par la seule, l’unique et l’inimitable Ekaterina Krysanova, étoile flamboyante de la compagnie et qui m’avait déjà proprement éblouie dans La Mégère Apprivoisée.

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Moi aussi je sais lever ma jambe haut Rita, t’as le monopole! – source image : bolshoi russia.

Sa Lyuska est donc à son image : elle a une forte personnalité s’exprimant dans ces pas virtuoses alliés à une technique superlative et un sens du jeu hors pairs, qui se mettent toujours au service de son personnage.

Un brin Carmen dont la habanera a d’ailleurs été citée (pour les basses du moins) au détour d’une mélodie, elle a de la gouaille, elle est sensuelle et sert souvent de comic relief, jusqu’à ce que… les masques tombent! Son cynisme, son côté cruel et surtout réellement dangereux jusque là insoupçonnés explosent au grand jour, notamment dans l’acte I ou elle piège les deux bourgeois pour qu’ils se fassent voler et que l’un d’eux meurt dans l’opération. Elle est violente aussi. Son amour furieux pour Yashka dans l’acte II la fait attaquer Rita qui se serait bien passée d’une agression de plus à ajouter à sa collection qui commençait à se faire sacrément longue. C’est malheureusement ce qui provoque sa perte. Elle mourra avec classe, cependant et pendant une bonne partie du ballet, elle volera limite la vedette à sa consœur, bien que son personnage soit légèrement monolithique et ne joue presque que sur ce seul registre. Pourtant, les deux figures féminines l’une mauvaise, l’autre non, se complètent bien.

Apparemment, la danseuse a dansé aussi le rôle de la douce Rita sur cette série. J’avoue que j’aurais été curieuse de voir sa propre version qui aurait probablement pu complexifier un personnage qui a besoin de très bons interprètes pour le sublimer. Non pas que Nina Kaptsova, ballerine éminemment lumineuse, ait démérité bien au contraire, mais j’y reviendrais…

  • Yashka :

Parlons maintenant de Yashka, la deuxième moitié du duo infernal formidablement interprété lui aussi par Mikhaïl Lobukhin. Ce Yashka là est sûrement la figure du fasciste mélangé avec celui de la diva présents dans le livret d’origine. On soupçonne qu’il s’agit bien d’un aristocrate désargenté (tout comme Rita très certainement) et désabusé qui s’est fait bandit avec le temps, même si l’on a véritablement aucun indice là-dessus. Il a cette classe éblouissante en société et ce masque d’homme de spectacle et d’affaires vernis et propre sur lui, un peu trop lisse pour qu’on puisse y croire!

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Nina Kaptsova et Mikhail Lobukhin – Regardez comme on a la classe – source image : Pathé live.

Quand ce dernier tombe le masque et enlève son costume, sa violence qu’on devine permanente, imprévisible et incontrôlable se manifeste et c’est pas joli! Il y a un zeste d’Ivan le Terrible dans l’interprétation de Mikhail Lobukhin, habitué des rôles puissants des ballets de Grigorovitch, (il m’avait éblouie dans Spartacus il y a quelques années personnellement) et beaucoup de second degré, d’ironie et d’humour.

En matière de jeu, il ne fait pas toujours dans le subtil, par contre. Mais il y a là un villain et il faut faire le job j’imagine. Et croyez-moi dans le genre efficace, il l’est! Son alchimie avec ses deux partenaires crève le plafond également! Donc que demander de plus? Comme sa consœur par contre, il vole la vedette à Ruslan Skvortsov ou plutôt à son personnage, Boris.

Mais parlons d’abord de l’une de ses partenaires et de son love-interest dans ce ballet…

  • Rita :

Rita, qui prend les traits d’une ballerine d’exception, formidablement lyrique et elle aussi grande habituée du langage Grigorovitchien, j’ai nommé Nina Kaptsova. Pour ma part, j’étais particulièrement heureuse d’apprendre qu’elle faisait partie du cast de cette retransmission parce que l’ayant découverte dans le DVD de Spartacus avec Carlos Acosta, elle m’avait, alors émue aux larmes.

Du coup, mes attentes étaient pour ainsi vraiment hautes là-dessus. Et sur bien des aspects, elle ne m’a pas déçue. Sa Rita, qui sur le papier pourrait être réellement un personnage d’héroïne romantique standard trop lisse sans grande épaisseur, est tout de même véritablement incarnée. Au début, elle est heureuse, pas tellement consciente du fait que sa vie pourrait être meilleure, même si elle s’ouvre un peu à la vie en dehors du cabaret. C’est un personnage léger que la rencontre avec Boris va changer.

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source image : lostnene.

Son monde intérieur est aussi clair pour les yeux du spectateur. Ses doutes, ses angoisses, ses colères contre Yashka qui ne viennent pas de suite puisque dans les premiers moments, on sent qu’elle ne veut pas blesser un prétendant éconduit sont aussi clairement lisibles.

Par contre, ça me fait un peu mal de l’écrire, mais la mayonnaise ne prend pas toujours et surtout pas tout de suite. C’est, malheureusement dans son histoire d’amour que le bas blesse parfois. C’est un peu dommage, étant donné que cet aspect du personnage est central! Le couple qu’elle forme avec Boris accuse donc un léger manque d’alchimie entre les deux danseurs concernés. Si la musique et le livret disent le contraire, je n’ai pas trop cru à ce « coup de foudre » qu’ils été censés avoir dès le début.

Bon point, par contre, c’est petit à petit que cette entente s’installe. Plus on avance dans l’histoire, plus la connexion se fait! Et à la fin les deux interprètes nous livre un pas de deux assez extraordinaire à tout les niveaux.

  • Boris :

Campé par Ruslan Skvortsov, un danseur que j’aime beaucoup aussi (oui je les aime tous en réalité et j’ai eu la chance d’avoir vu ses solistes à l’œuvre au moins une fois avant cela (oui je les aime tous en réalité et j’ai eu la chance d’avoir vu ses solistes à l’œuvre au moins une fois avant cela❤ ! Jalousez-moi❤ !), Boris, ce pêcheur, rêveur au cœur pur, parfois un peu trop pur, a pourtant un peu du mal à s’imposer face à tout ce beau monde! Je soupçonne fortement le livret qui n’a pas réellement donné d’épaisseur à ce personnage de ne pas aider les interprètes non plus.

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source image : bolshoi russia.

Pourtant le danseur rempli le contrat autant techniquement (mais là je ne peux pas trop en parler parce que ça dépasse de très loin mes compétences) que dramatiquement. Moins extraverti que son collègue, il n’en est pas moins investi. Il garde l’innocence de Boris intactes devant l’adversité, dégaine vite ses poings parce qu’il ne faut tout de même pas exagérer et freiner sur les menaces, sans perdre non plus son côté droit.

Bon c’est le héros communiste par excellence donc il ne peut pas avoir tort 😉 ! C’est peut-être là que le bas blesse justement. En somme, c’est un personnage qui se pose plus en « sauveur » de Rita, de laquelle il est un peu le Roméo comme le dit son interprète, sans avoir vraiment d’histoire propre à raconter à l’inverse de son homologue Shakespearien. Il a probablement moins de choses à dire que les autres. Il est plus le symbole de quelque chose qu’un être de chair et de sang, du coup la connexion avec le public se fait moins.

De plus comme, je l’ai dit plus haut, l’alchimie entre les deux amoureux met du temps à venir, même si elle est présente. Il y déploie d’ailleurs tout son talent et devient très émouvant à ce moment là!

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source image : bolshoi russia.

Enfin, l’une des stars de ce ballet, c’est justement le corps de ballet qui brille de mille feux dans les ensembles. Les danses féminines et masculines tantôt jazzys tantôt conquérantes sont assez bien équilibrées et assez jouissives. Ils valent à eux seuls le déplacement! En bref, le ballet du Bolchoï dans son ensemble fait ici ce qu’il fait le mieux : montrer sa joie de danser éclatante à la face du monde encore et encore! Finalement, c’est comme à L’Age d’Or, le spectacle continue joyeusement quoiqu’il arrive and the fun never stops 😉 !

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source image : bolshoi russia.


Mentions spéciales : 

Je ne pouvais pas conclure sans les partager, en dehors, de ceux que j’ai cité plus haut. Encore mille mercis à Katia Novikova pour mener ses soirées de main de maître, en nous donnant les contexte des œuvres, de leurs créations, etc… en pas moins de trois langues. Elle nous fait également passer par les coulisses en interviewant certains des interprètes par le département des costumes ce qui est toujours passionnant. Cerise sur le gâteau nous auront eu droit à une interview d’Irina Chostakovitch herself ce soir là, durant l’entr’acte!

Enfin, difficile de conclure sans mentionner le caméo de Pikachu (l’un des danseurs avait une combi de chauffe à son effigie en coulisses 😀 !) fans de Pokémon Go, celle-là c’était pour vous! Vous voyez que le ballet c’est pour tout le monde 😉 !


Pour conclure :

En dehors du côté ultra-jouissif de cette soirée rappelant réellement les grandes heures des musicals américains incontournables, la reprise de ce ballet était importante pour plusieurs raisons.

D’abord, elle était placée sous le signe de la célébration. Célébration du 90ème anniversaire de Youri Grigorovitch, monument de la danse classique en Russie (jugez plutôt!) et ancien directeur de la danse au Bolchoï, célébration de l’anniversaire de Nina Kaptsova en direct ce soir-là 😀 , et surtout célébration de la création du ballet lui-même, étant donné que la toute première représentation s’était faite en octobre également.

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Faites péter le champagne, on est revenu sur scène malgré les interdictions du pouvoir 😉 !

Ensuite à titre personnel, c’était chouette pour moi d’avoir enfin vu ce ballet et d’avoir bouclé une sorte de cycle commencé il y a plusieurs années. Il avait débuté en 2006, moment ou je voyais mon premier ballet complet à la TV sur Arte, tombait amoureuse de Chostakovitch et réactivait mon amour pour cette forme d’art avec la rapidité d’un X-Wing (j’ai revu la BA de Rogue One, pardonnez-moi!) lancé à pleine vitesse. Et non, il ne s’agissait pas d’un grand classique du répertoire, mais bien d’une autre œuvre composé pour la danse par Chostakovitch et reconstruite par le chorégraphe montant/directeur de la danse de l’époque Alexei Ratmansky : Le Boulon. Depuis, mon « fanatisme » m’a poussé à découvrir toujours plus les œuvres d’un musicien magnifique et à découvrir dès que j’en ai eu l’occasion – au cinoche toujours!- d’autres de ses ballets en particulier Le Clair Ruisseau, lui aussi recréé dans les années 2000. Et l’aventure a été vraiment intéressante puisque chacun de ses ballets révèlent des facettes tantôt graves, tantôt cocasses de cette époque!

D’ailleurs, si jamais vous êtes intéressé-e-s, le 6 novembre prochain est rediffusé Le Clair Ruisseau, partout en Europe. Pour avoir vu ce ballet aux ambiances de vaudeville, de rom-com rigolote et de travestissement en bonne et due forme, je vous conseille fortement d’aller le voir. Il a en plus un casting du tonnerre : Mikhail Lobukin, Ruslan Skvortsov (avec un bon sens de l’humour 😉 !et vraiment désopilant cette fois ;)!), Maria Alexandrova et Svetlana Lunkina sont en effet de la partie! Bref, Plongez dans ce monde coloré, plein de vie et de musiques entraînantes, vous ne serez pas déçu-e-s!!

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